Alors qu’Abbeville et Mont-de-Marsan abandonnent leurs coûteux projets muséaux, et que Carnac suspend le sien, Rouen persiste dans son projet de pôle muséal Beauvoisine à plus de 70 millions d’euros !
Ce projet devait être le vaisseau amiral de la candidature de Rouen au titre de Capitale européenne de la culture 2028. Mais Rouen n’a pas été retenue.
Aujourd’hui, la Métropole doit trouver 40 millions d’euros pour équilibrer son budget 2027 et envisage de créer un nouvel impôt métropolitain.
Ce qui signifie que c’est le contribuable qui devra payer pour les délires destructeurs de la Métropole, car plus de 70 millions d’euros pour détruire un des fleurons de notre culture, est tout simplement honteux.
C’est un véritable scandale financier, mais aussi patrimonial
Contrairement à ce qui est annoncé, il ne s’agit pas d’une simple réhabilitation, mais d’une transformation radicale du Muséum d’histoire naturelle et du musée des Antiquités, en une sorte de centre culturel high-tech, alors que rappelons le, le Muséum d’histoire naturelle de Rouen est considéré comme le second plus beau muséum de France après celui de Paris. Tout ou presque est en train de partir à la benne ou dans de sombres réserves dont rien ne ressortira jamais.
Pourtant, le projet scientifique et culturel projet du futur « Pole Muséal » insistait sur la préservation de la muséographie du XIXe siècle. Mais le projet retenu ne respecte en aucun cas le PSC signé en 2019 par tous les partenaires institutionnels.
Alors pourquoi aucun élu ni partenaire institutionnel ne s’oppose à ce projet ? Pire, certains véhiculent de fausses informations en affirmant que rien ne sera démoli et que la muséographie du XIXe sera préservé. Or, les plans sont sans équivoque : près de 30 % de l’existant sont voués à la démolition et la quasi-totalité des vitrines disparait.
Ne parlons même pas des bâtiments des anciennes facultés qui initialement faisait partie du projet de réhabilitation, mais qui soi-disant faute de moyens, en ont été exclues, et vont pouvoir poursuivre leur lente agonie. Une tour de trois étages est prévue en plein secteur sauvegardé avec la bénédiction de l’Architecte des Bâtiments de France, et le pire c’est que la précieuse muséographie qui faisait du Muséum un lieu hors du temps va disparaître au profit d’espaces quasiment vides.
Sans oublier les aménagements douteux tels que l’entrée qui prendra des allures d’entrée de centre commercial, ou la salle de yoga créée dans l’ancienne salle du mobilier haute époque du musée des antiquités. C’est bien connu, tout le monde apporte ses affaires de sport pour visiter un musée.
Depuis trois ans, Urgences Patrimoine combat ce projet destructeur. Notre recours en justice nous a donné raison sur plusieurs points, notamment concernant la muséographie. Pourtant, la protection de cet ensemble patrimonial reste en suspens, alors que la ministre de la culture avait le pouvoir de classer d’office la précieuse muséographie.
À l’approche du bicentenaire du Muséum, en 2028, quel triste cadeau fait-on à notre patrimoine à grand coup d’argent public gaspillé.
Tout le monde a crié au scandale quand le projet du nouveau pavillon d’entrée de l’Assemblée Nationale, pour un montant de 52 millions d’euros, a été dévoilé.
À croire qu’il n’y a que les projets parisiens qui font réagir les élus et l’opinion publique, pendant qu’à Rouen on est en train de détruire 200 ans d’histoire dans une indifférence quasi générale.
Stop au vandalisme patrimonial, et stop au gaspillage d’argent public !
Il n’est pas trop tard pour revoir ce projet à la baisse, et simplement entreprendre les travaux de restauration et de mises aux normes nécessaires. Les caisses sont vides tout comme le sera le pôle muséal Beauvoisine qui est une belle illustration de la culture du vide aux frais du contruable.